Lettre d’Alfred Arago à Alfred de Musset
Mon cher Alfred,
J’ai pour votre talent l’admiration que vous savez. J’étais heureux, plus que je ne puis dire, de ce brin d’amitié que vous aviez bien voulu me donner ; je m’en parais avec orgueil, et j’aurais tenu sur votre compte des propos inconsidérés !...
Je le dis maintenant parce que j’en suis sûr ; jamais ma bouche n’a proféré aucune parole offensante pour votre personne ; laissez-moi donc protester de toutes mes forces contre une pareille imputation.
Maintenant, me serait-il échappé dans la conversation, entre amis communs, un mot mal rapporté, comme toujours, qui ait pu vous déplaire, je l’ignore ; je viens, en tout cas, vous prier loyalement d’accepter mes excuses.
Dans certaines circonstances, j’ai la conscience d’avoir donné des preuves du dévouement que je vous ai voué ; que ne m’est-il permis d’être plus explicite ? Cela vous éclairerait tout à fait, j’en ai la conviction, et vous verriez que si j’étais fier, à bon droit, de votre amitié, je savais aussi comprendre les devoirs qu’elle imposait à ceux que vous vouliez bien en honorer.
Torts réels ou imaginaires, le jour où vous aurez pardonné vous aurez fait un heureux, je vous le jure.
Vous me retirez votre amitié, j’en suis profondément navré.
Quant à moi, je vous aimerai malgré vous.
Alfred Arago.
Notes
- Lettre de réconciliation après des propos rapportés à Musset.