Lettre de Madame de Musset à Adèle Colin

Vous vous présenterez de ma part en demandant un petit paquet à l'adresse de M. Paul de Musset. Vous ouvrirez le paquet, car il n'y a rien d'autre que les cinq couverts que l'on vous donne, vous en ferez l'usage convenu.

Je pense, ma chère Adèle, que vous êtes maintenant occupée de ce triste déménagement ; c'est une opération bien douloureuse, j'en ressens d'ici le contre-coup. Il me semble que c'est le perdre encore une fois, que de quitter les lieux qu'il habitait et que son souvenir remplit encore !

Déplacer ces mêmes meubles dont l'arrangement rappelle à la pensée les moindres actions de sa vie, c'est se déchirer le cœur de ses propres mains... Où mon souvenir ira-t-il le chercher maintenant ? Et qu'il n'aura plus que cette pierre solitaire, que je ne connais pas ! Où se reposer ?

Les vers que vous m'avez envoyés sont magnifiques, mais quelle tristesse ! Pourquoi était-il donc si malheureux ? C'est navrant.

Je voudrais bien avoir les vers qu'il a faits pour la sœur Marceline ; je ne les connais pas. Puisque vous les savez par cœur, voulez-vous me faire le plaisir de me les copier ? Ne manquez pas, je vous prie, de me donner votre nouvelle adresse ; vous m'écrirez toujours, n'est-ce pas ? J'attends de vous mille détails que nulle autre ne peut me donner. Je vous aime de ma bien sincère affection.

Edmée DE MUSSET.