Lettre à Ulric Guttinguer
12 novembre 1832.
A ULRIC GUTTINGUER
... Je n’ai jamais tenté de faire une hymne à mon Dieu ; je veux portant vous le peindre. Cette petite croûte de pâté parsemée d’étoiles et couronnée par la voie lactée est tout ce que nous voyons du ciel. Notre univers (je ne dis pas notre monde) est lui-même un grain de sable dans le vide sans fin. A des milliards de lieues les unes des autres, flottent dans l’immensité des milliers de combinaisons d’univers. Le nôtre a pour lois l’équilibre, l’attraction et la pesanteur. D’autres ont. d’autres lois, d’autres gens, d’autres vérités mathématiques. Le bien et le mal, la force et la beauté sont remplacés par d’autres choses, et tous ces petits systèmes, dont le nôtre est peut-être un des plus faibles, s’agitent et se remuent dans leur coin avec leur étincelle de vie. Au centre des nuits éternelles est assis mon Dieu sans révélations, qui verse à l’immortelle matière l’immortelle pensée.
A vous de cœur.
Notes
- [1] Paris, Bibl. de l’Arsenal, Ms 9623, n° 947 (fonds Paul Lacroix). Lettre autographe remplissant le recto d’une feuille détachée in-4° ; adresse au dos, biffée. Ni suscription ni date. La lettre paraît incomplète de son début, comme le suggère une note jointe au ms. Historique : vente Antoine de Latour, 12 juin 1885.
- [2] Ulric Guttinguer était prosélyte, comme tous les convertis.
- [3] de mondes biffé et remplacé par « d’univers » en ajout surlinéaire.
- [4] Et non pas « gens », comme le lit l’édition Cordroc’h.
- [5] Le mot est au pluriel.
- [6] Penser à la leçon d'astronomie de la lettre VIII du Roman par lettres et à l'acte III, scène 4 d’Il ne faut jurer de rien.
- [7] « Honfleur » et « Calvados » sont soulignés. Le nom et l’adresse ont été soigneusement biffés à l’encre. Au bas du verso, cachet de cire rouge.