Lettre à George Sand
S.d. (28 Juillet 1833.)
Je crois, mon cher George, que tout le monde est fou ce matin; vous qui vous couchez à quatre heures, vous m’écrivez à huit; moi, qui me couche à sept, j’étais tout grand éveillé au beau milieu de mon lit, quand votre lettre est venue. Mes gens auront pris votre commissionnaire pour un usurier, car on l’a renvoyé sans réponse. Comme j’étais en train de vous lire et d’admirer la sagesse de votre style, arrive un de mes amis (toujours à huit heures), lequel ami se lève ordinairement à deux heures de l’après-midi. Il était cramoisi de fureur contre un article des Débats où l’on s’efforce, ce matin même, de me faire un tort commercial de quelques douzaines d’exemplaires. En vertu de quoi j’ai essuyé mon razoir ( sic ) dessus.
J’irai certainement vous voir à minuit. Si vous étiez venue hier soir, je vous aurais remerciée sept fois comme ange consolateur et demi, ce qui fait bien proche de Dieu. J’ai pleuré comme un veau pour faire ma digestion, après quoi je suis accouché par les forceps de cinq vers et une ( sic ) hémistiche, et j’ai mangé un fromage à la crème, qui était tout aigre.
Que Dieu vous conserve en joie, vous et votre progéniture, jusqu’à la vingt et unième génération.
Yours truly.