Lettre à François Buloz
À François Buloz
Mardi, 27 août 1833
Mon cher Bulos. J'apprends que G. Planche et Mr Em. Regnault ont provoqué hier Mr Capot de Feuillide, et l'un des rédacteurs du Figaro. lorsque vous m'avez parlé de l'article qui a donné lieu à cette affaire, j'ignorais completement que vous fussiez instruit de mes relations avec Madame Sand. J'espère que la manière un peu trop légere dont vous m'avez vu traiter cet article, vous paraitra toute simple de ma part, et que si, maintenant ou plus tard, on / [f. 1 v°] vous adressait quelques questions à ce sujet, vous voudriez bien répondre que mon intention était de me battre, et que j'ai été prévenu. Si vous voulez me rendre service, vous ajouterez même que je regarderais comme une insulte aussi grave pour Madame Sand que pour moi, qu'on parût douter de ma détermination à cet égard, et qu'il serait impossible de le souffrir, quelque fût la personne qui le soutiendrait — à vous de cœur. Alfd de Musset
[Adresse :] Monsieur Bulos N° 6. Rue des Beaux Arts
Notes
- [1] Paris, Bibliothèque de l’Institut, Lovenjoul F 982bis, f. 1-2. Une feuille pliée en deux. Lettre autographe signée.
- [2] Sic.
- [3] La publication de Lélia, le deuxième roman de George Sand, fit sensation et divisa la critique. Gustave Planche en fit l'éloge dans la Revue des Deux Mondes, tandis que Léon Gozlan l'attaqua violemment dans Le Figaro ; quant à Jean Gabriel Cappot, dit Capo de Feuillide (1800-1863), il écrivit dans L'Europe littéraire des 9 et 22 août 1833 deux articles d'une extrême goujaterie, où les règlements de comptes personnels contre Sand l'emportaient sur la critique littéraire. Lélia était présentée comme une « œuvre sentant la boue et la prostitution » et rapprochée de celle de Sade. Planche, qui passait pour avoir été l’amant de G. Sand, provoqua Capo de Feuillide en duel, tandis qu’Émile Regnault (1811-1863), ami de Jules Sandeau et confident de George Sand, en faisait de même à l'égard de Gozlan. Le duel Planche-Capo de Feuillide eut lieu au bois de Boulogne le 27 août ; il inspira à Musset une Complainte joyeuse sur l'air de la Complainte du maréchal de Saxe. Ces vers ont été recopiés par George Sand dans son Album (Musset, Poésies complètes, éd. M. Allem, « Bibliothèque de la Pléiade », 1957, p. 514-519, et notes, p. 873-875). Dans Les Réfractaires, Jules Vallès, rendant hommage à Planche, qu’il avait fréquenté dans sa jeunesse, donne un compte rendu de ce duel. D'autre part, Mme Pailleron a retrouvé dans les papiers de Buloz, un fragment de Musset sur Lélia, postérieur au duel, où l'on lit : « Quoi qu'il en soit, ce livre n'en est pas moins l'ouvrage le plus important de l'école nouvelle. Il s'en distingue par une qualité éminente de pureté du style et l'originalité de la forme » (François Buloz et ses amis, p. 389).
- [4] Sic.
- [5] Ibid., f. 2 v°.
- [6] Souligné.