Lettre à François Buloz
À François Buloz
Fin mai 1833
Je calcule si mal, mon cher Bulos, qu'il faut me pardonner mes indiscrétions. Il me semble cependant que Marianne tenant 2 feuilles de la revue, doit valoir par conséquent 30 louis au terme de notre marché ; ainsi en vous écrivant ce matin, je croyais être bien en avance, comme échéance, mais pas autrement. Je vous ai dit, il y a quelque tems, que je faisais une petite comédie en prose ; en verité, notre marché est si singulièrement fait, qu'après ce que vous me dites, je n'ose vous l'envoyer ; car enfin il ne tiendrait qu'à moi de vous mettre sur le dos une montagne d'écrivaillerie, et il ne serait pas raisonnable que vous subissiez la peine de votre confiance et de votre obligeance à mon égard. Pourquoi / [f. 35 v°] ne me laisseriez-vous pas la possibilité d'envoyer par exemple à l'Europe qui me tourmente tous les jours, un article ou deux, dans les momens où selon ma louable habitude, j'ai tout jeté par les fenêtres ? cela, je vous assure, ne ferait de mal à personne, et me rendrait la conscience tranquille. à vous. alfd de Musset
[Adresse :] Monsieur Monsieur Bulos.
Notes
- [1] Paris, Bibliothèque de l’Institut, fonds Lovenjoul, F. 970, f. 35-36. Une feuille de 33,4 x 21,7 cm pliée en deux. Papier sans filigrane. Lettre autographe signée.
- [2] La lettre n'est pas datée, mais elle porte, au crayon, cette date d'une main inconnue : mai ou juin 1833 ; le texte permet de préciser : fin mai 1833.
- [3] Musset écrit indifféremment Buloz ou Bulos.
- [4] Les Caprices de Marianne avaient paru dans la Revue des Deux Mondes le 15 mai.
- [5] Plutôt qu'à Fantasio, dont la rédaction n'a vraisemblablement débuté qu'en octobre 1833, il faut penser à la Matinée de Don Juan, scène d'introduction qui sera publiée dans la France littéraire de décembre 1833.
- [6] Le 2 avril 1833, le lendemain de la publication d'André del Sarto dans la Revue des Deux Mondes, Alfred de Musset et François Buloz avaient signé un contrat, dans lequel était stipulé notamment que Buloz s'engageait « à prendre à M. Alfred de Musset, et à publier dans la Revue des Deux Mondes, ou séparément [...] tout ce que M. Alfred de Musset fera désormais, et qui sera signé de lui, prose ou vers ». De son côté, Musset s'engageait « à ne donner à aucun recueil littéraire des compositions signées de lui ».
- [7] Par une lettre du 23 novembre 1832 (cf. supra lettre 32-9), Musset avait accepté de collaborer à L'Europe littéraire.