Lettre à François Buloz
À François Buloz
3 octobre 1834
Mon cher Buloz, la raison pour laquelle Mme Levrault ne m'a pas donné d'argent, est assez simple. C'est parce que son gendre qui lui écrit tous les jours, ne l'a pas prévenue qu'il eût reçu de vous les 500 frs. Fatigué d'attendre je suis venu à Strasbourg. Madame Levrault m'a prêté 150 fre. Je retourne aujourd'hui à Baden ; j'y ai laissé des dettes, et mon voyage les augmente sans fruit. Dieu soit loué ! envoyez maintenant l'argent quand il vous plaira. J'ai écrit à ma mère ; les 500 frs ne me suffiraient plus pour revenir mais je vous en prie, ne me faites pas de morale. Tout cela est moins plaisant qu'on ne pourrait le croire, Adieu. T. a. v. Alfd de Mt
[Adresse au verso :] Monsieur
Buloz
n° 6
rue des Beaux Arts
Paris
[Cachets postaux :] Strasbourg (67) 3 oct[obre]
[Paris] 6 oct[obre] 1834
Notes
- [1] Paris, Bibliothèque de l’Institut, Lovenjoul F 982bis, f. 4. Un feuillet recto-verso.
- [2] Le gendre de Mme Levrault, Charles Pitois-Levrault, gérant de la librairie F.-G. Levrault, 81, rue de la Harpe, à Paris.
- [3] Et non pas « revenu », comme le lit l’édition Cordroc’h.
- [4] Des dettes de jeu. Le 21 juillet 1835, dans une lettre à Alfred Tattet alors à Baden-Baden, Musset évoquera mélancoliquement son séjour dans cette ville un an plus tôt : « Je dessinais de mémoire le portrait de mon infidèle ; je vivais d’ennuis, de cigarettes, de pertes à la roulette » (Corr. 35-21). Le poème « Une bonne fortune », inspiré par le séjour à Baden-Baden et publié dans la Revue des Deux Mondes du 1er janvier 1835, décrit longuement la Maison de Conversation, un des casinos les plus renommés d’Europe, où les paysans de la Forêt-Noire côtoyaient la bonne société et dissipaient sur le tapis vert leurs maigres économies (Poésies complètes, LGF, p. 394-406).