Lettre à Pietro Pagello
Paris, 11 juillet 1834. Timbre de Venise, 18 juillet. AL MIO CARO P. PAGELLO
Mon cher, vous êtes bien gentil de m’avoir un peu écrit: je dis un peu, car ce n’est guère. Mais si petit que soit le morceau de papier qui me parle de votre amitié, en quel moment de ma vie ne sera-t-il pas bien reçu? Il n’en est peut-être pas de même de vos recommandations sur le vin de champagne et je n’ose avouer au grand «Salvatico Pietro» combien était fondé le juste remords qui m’a saisi à cet article de votre lettre. Mais je vous promets que jamais, jamais je ne boirai plus de cette maudite boisson, — sans me faire les plus grands reproches.
George me mande que vous hésitez à venir ici avec elle; il faut venir, mon ami, ou ne pas la laisser partir. Trois cents lieues sont trop longues, pour une femme seule. Je sais bien qu’elle vous dira à cela qu’elle est forte comme un Turc. Mais je vous dirai moi, à l’oreille, et tout bas, que le plus petit Turc est plus fort que la plus forte femme d’Europe; croyez-m’en, moi qui ne suis pas Turc, et venez. Je vous promets de vous montrer, si vous êtes curieux de le voir, un de vos meilleurs amis.