Lettre à Sainte-Beuve
(Novembre 1834.)
Je vous suis bien reconnaissant, mon cher ami, de l’intérêt que vous avez bien voulu prendre, dans ces tristes circonstances, à moi et à la personne dont vous me parlez aujourd’hui. Il ne m’est plus possible maintenant de conserver, sous quelque prétexte que ce soit, des relations avec elle, ni par écrit ni autrement. J’espère que ses amis ne croiront pas voir dans cette résolution aucune intention offensante pour elle, ni aucun dessein de l’accuser en quoi que ce soit. S’il y a quelqu’un à accuser là-dedans, c’est moi, qui, par une faiblesse bien mal raisonnée, ai pu consentir à des visites fort dangereuses sans doute, comme vous me le dites vous-même. Mme Sand sait parfaitement mes intentions présentes, et si c’est elle qui vous a prié de me dire de ne plus la voir, j’avoue que je ne comprends pas bien par quel motif elle l’a fait, lorsqu’hier au soir même j’ai refusé positivement de la recevoir à la maison.
Je vous répète encore, mon ami, qu’il me serait bien pénible qu’on interprétât défavorablement pour elle mes résolutions. Je n’en fais part d’ailleurs qu’à vous, et je pense que cela ne peut avoir aucun inconvénient. — Maintenant, mon ami, je vous remercie encore ; il y a : à bientôt, au bas de votre carte ; ne me faites pas croire, je vous en prie, que c’était tout à fait pour le quai Malaquais que vous vous êtes souvenu de la rue de Grenelle. Vous feriez de moi un cruel, si vous me laissiez croire que, pour vous voir, il faut que je sois brouillé avec ma maîtresse.
A vous de cœur.