Lettre à Alfred Tattet
à Baden, poste restante.
21 juillet 1835.
Votre lettre, mon cher Alfred, est arrivée comme je n’étais pas à Paris, ce qui fait que ma réponse est en retard de quelques jours. Pour répondre d’abord à votre question sur ce qui regarde Madame X*... je crois que ce que je peux vous dire de mieux, c’est qu’il y a tantôt huit ou neuf mois, j’étais où vous êtes, passant la journée à maudire le plus beau, le plus bleu ciel du monde et toutes les vertus possibles. Je dessinais de mémoire le portrait de mon infidèle ; je vivais d’ennuis, de cigare et de perte à la roulette. Je croyais que c’en était fait de moi pour toujours, que je n’en reviendrais jamais. Hélas ! Hélas ! Comme j’en suis revenu ! Comme les cheveux m’ont repoussé sur la tête, le courage dans le ventre, l’indifférence dans le cœur, par-dessus le marché ! A mon retour, je me portais on ne peut mieux ; et si je vous disais que le bon temps, c’est peut-être celui où l’on est chauve, désolé et pleurant ! Vous en viendrez là, mon ami. Je vous plains aujourd’hui bien sincèrement, parce que vous souffrez. Quand vous serez guéri, vous n’en serez pas fâché, soyez-en sûr. Tout ce qui fait vivre est bon et sain. Je vous promets de vous tenir au courant de tout ce que je pourrai savoir...
Je travaille à force. Combien de temps comptez-vous rester à Bade ?
Adieu. Je suis à vous.