Lettre à François Buloz

  • S.d. [fin février ou début mars 1835]
  • Destinataire : François Buloz
  • Source : Correspondance (1827-1857)

S.d. [fin février ou début mars 1835]

Mon cher Buloz

Ayez la bonté de prier Mme Dudevant, lorsque vous la verrez, de vouloir bien brûler les deux pages de vers que j’ai laissées chez elle il y a quelque temps. Soyez persuadé, mon ami, qu’il n’y a dans cette réponse de ma part aucune envie de vous désobliger. Je n’ai point relu ces ébauches écrites dans quelque nuit d’exaltation maladive, qui probablement, ne valent rien. Ce n’est pas non plus, certainement, que je ne sois très disposé à rendre à de Vigny, ou publiquement ou en particulier, la pleine justice qui lui est due, sur un des plus beaux drames de cette époque ; dites-lui, je vous en prie, si vous le voyez, combien j’admire Chatterton et que je le remercie de tout cœur de nous avoir prouvé que, malgré les turpitudes qui nous ont blessés, dégradés et abrutis, nous sommes encore capables de pleurer et de sentir ce qui vient du cœur. Dites-lui que j’ai fait un ou deux méchants sonnets là-dessus, lesquels sont brûlés, mais que je n’en professe pas moins haut mon admiration.

Que Mme Dudevant ne trouve rien de mal de ma part, si je lui demande de jeter ces vers au feu. C’est affaire de pure vanité littéraire. Que voulez-vous ! mon cher ami, ce sont des vers faits à la hâte ; je suis faiseur de vers ; c’est mon métier ; j’agis par intérêt pécuniaire.

Bien a vous.