Lettre d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton (XV)

  • 23 juillet 1837
  • Destinataire : Aimée d'Alton
  • Source : Mercure de France, Lettres d’amour à Aimée d’Alton

Est-il possible, mon enfant, que tu imagines une chose pareille ? J'en aime une autre, dis-tu, et je me joue de toi ! Mais qu'ai-je donc pu dire qui ait pu te donner une idée aussi absurde ? Je t'ai montré une lettre dans un moment de colère, je ne sais plus trop à propos de quoi. Mais comment se peut-il que tu croies que j'ai pour elle autre chose que de l'amitié ? Il y a un an et demi que c'est fini entre nous, à tout jamais, par des raisons impossibles à vaincre. Elle est si peu venue pour moi que je ne l'ai pas vue. Mais fais donc seulement une réflexion; et de quel droit irais-je te chercher querelle sur ce que tu fais, si j'en fesais cent fois pire ? Pense donc un peu, mon enfant, si en te montrant hier cette lettre, j'avais voulu te dire que je l'aimais, ç'aurait été une maladresse et une bêtise horrible au moment où je te reprochais de m'aimer trop peu.

Viens me voir, il faut que nous causions; viens quand tu voudras; ce soir si tu veux jusqu'à 8 heures 1/2, ou demain toute la journée. Je ne me repens pas de t'avoir parlé franchement; mais ta tristesse me désole, et je ne suis pas plus gai moi-même. Pour l'amour de Dieu, ne te fais pas de chagrins imaginaires.