Lettre d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton (XXVI)
Il est malheureusement vrai que quand on souffre on est quelquefois cruel. Je n'avais pas fait trois pas en te quittant que je me reprochais ce que je t'avais dit. Il faut me le pardonner, ma chère poupette, je n'étais pas moi. Ne nous faisons pas le mal plus grand qu'il n'est, il y en a déjà bien assez. Je ne me repens pas de la confiance que j'ai en toi et qui me fait tout te dire; mais je sens que j'ai tort cependant, et que je t'afflige sans que cela serve à rien qu'à te faire mal. Ne t'effraye pas, la peur de la mort donne l'inutile courage de vivre. Je vais travailler dès que je pourrai. Je suis un peu malade maintenant. Adieu, conserve-moi ton amour, c'est tout ce qui me reste de joie.