Lettre à Furne, éditeur

  • Paris, 12 décembre 1837
  • Destinataire : Furne, éditeur
  • Source : Correspondance (1827-1857)

À Furne, éditeur
Paris le 12. décembre 1837.

Monsieur, Après avoir réfléchi et consulté sur l’affaire qui nous occupe, nous nous sommes assurés que l’objection, qui nous a été faite par la personne qui est venue en votre nom, n’a aucune valeur. C’est du consentement de M. Petitain que M. de Musset-Pathay à reproduit une partie de ses notes dans l’édition de 1824. Cela ne vous donnait nullement le droit de vous emparer du travail de M. de Musset qui appartient à ses héritiers et à M. Dupont son Éditeur. Nous sommes décidés à recourir aux tribunaux et ce n’est pas dans le moment où on s’occupe d’assurer et de protéger la propriété littéraire que cette affaire peut sembler douteuse. La personne que vous nous avez envoyée prétend que les notes insérées dans votre Edition avec la signature de M. de Musset ne constituent qu’un plagiat littéraire non justiciable d’un tribunal; mais c’est une erreur évidente. Du moment que ces notes ont été copiées littéralement, que c’est dans une édition de J. J. Rousseau qu’elles sont insérées, elles constituent une contrefaçon et un attentat à une propriété littéraire, puisque leur publication nous mettrait dans l’impossibilité de faire une édition nouvelle sur le travail de M. de Musset. Un arbitrage nous priverait en partie de l’avantage de notre position. Des arbitres sont propres à accomplir/ [f. 231 v°] une mission de conciliation entre des gens désunis et non à juger d’un délit prévu par les lois, et dont les tribunaux se sont récemment occupés. Nous remettrons donc dès demain l’affaire entre les mains d’un avocat avec ordre de vous poursuivre en notre nom et en celui de M. Dupont. Nous ne pouvons admettre la substitution d’une autre personne pour la responsabilité. C’est à vous à user de recours contre M. Lheureux si vous le jugez à propos. M. P. Dupont étant non seulement notre associé dans cette affaire, puisque ses intérêts s’y trouvent lésés et inséparables des nôtres, mais notre ami, si vous n’avez quelque nouvelle observation à élever, veuillez bien, Monsieur, vous adresser à lui désormais. Nous avons l’honneur d’être, Monsieur, vos très humbles et très obéissans serviteurs. Paul de Musset Alfd de Musset