Lettre à Christine Trivulce de Belgiojoso
Lundi, février 1837.
Je ne crois pas, Princesse, toute fausse modestie à part, que des vers de moi puissent avoir un prix quelconque dans une vente. Mais du moment que cela peut vous faire plaisir, je vous remercie de me les demander, et vous en ferez ce que vous voudrez.
Vous me parlez des moyens de déguiser les personnages. Il y en a un bien simple, c’est de changer les sexes. S’il s’agit, je suppose, d’une femme qui a un mari qui l’ennuie et un cousin qui l’adore, ce sera un mari que sa femme excède et que sa cousine idolâtre. Cela vous paraîtra peut-être bizarre, mais songez que le ridicule n’a pas de sexe, sinon dans quelques nuances qu’on sacrifie ou qu’on retourne. Je l’ai essayé déjà et plus aisément que je ne croyais. Avez-vous assez confiance en moi pour me montrer le concours tel quel, sauf à jeter l’arrangement au feu, s’il vous déplaît ? Les détails comiques, s’ils sont secrets, ne sont connus que de leurs père et mère, c’est-à-dire
des personnages mêmes, et on ne sait pas par cœur ce qu’on a dit ou fait dans une circonstance donnée, surtout dans des moments de passion. Vous m’avez parlé tout haut samedi d’une comédie, dites-moi tout haut samedi prochain qu’il n’est plus question de cela, et donnez-moi tout bas le sujet dont nous ferons une nouvelle.
Compliments respectueux.