Lettre d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton (XXXVIII)
Tu me dis, ma pauvre chère, que mon petit mot d'hier t'a fait plaisir — celui-ci n'en sera que plus triste et plus mal à propos — mais il faut qu'il soit dit aujourd'hui. Je ne vois pas de moyen possible de conserver la petite chambre. Quand tu le voudrais de ton côté, je ne le veux absolument pas. Mes sottises faites portent fruit, c'était infaillible. Je suis accablé de tous côtés, et tu sais que les ennuis n'arrivent jamais l'un sans l'autre. Tout me tombe sur le dos. — Les pensées qui me viennent de quitter cette chambre sont trop tristes; il ne faut pas s'y livrer, il faut céder à la nécessité. Tu es plus près que moi, rends-moi le service d'envoyer ton Paul dire de ma part que je ne garde plus la chambre à compter du 12. C'est aujourd'hui le 9; il est peut-être trop tard; je reculais toujours, espérant m'en tirer. Si on trouve là-bas le congé trop précipité, nous la garderons encore quinze jours. Explique cela clairement à ton homme afin qu'il n'y ait pas d'erreur. Il faut qu'il commence par dire purement et simplement que nous donnons congé dès à présent; si on fait l'observation qu'on aurait dû avertir d'avance, alors nous répondrons que nous resterons quinze jours ou seulement huit, si cela se peut. Tu feras prendre tes affaires en même temps. Il faut du courage. — Dans ce moment-ci je puise le mien dans le surcroît d'ennuis qui m'assomment et à qui j'obéis en vraie brute. Ils me mèneront au diable s'ils veulent — j'en ai assez d'eux et de moi. Fais ce que je te demande le plus tôt possible, je t'en prie, et écris-moi un mot dès que ce sera fait. Je n'ose te dire que je t'aime, car tout cela est de ma faute; mais il est trop tard pour se repentir.
Vendredi soir.
Je te charge de cette mauvaise commission parce que je suis à travailler, quoique bien en vain, j'en suis convaincu. N'essaye pas surtout de te gêner, je n'y consentirai pas et ce ne serait qu'un retard. Il le faut — j'ai espéré jusqu'à aujourd'hui; mais ce matin est venue une visite qui tue tous mes arrangements.