Lettre d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton (LIX)
Tu es bien sévère pour un léger crime. La paresse d'écrire est une chose, et l'amour une autre.
Tu me dis qu'il y a un mois que je ne t'ai vue. Je le sais bien ; s'il y avait un moyen quelconque d'avoir un appartement, crois-tu que nous resterions un mois sans nous voir ? Je t'ai demandé un peu de patience, je t'en demande encore, et un peu de courage aussi. J'ai une nouvelle presque finie. Je l'ai interrompue pour faire des vers sur la naissance du Comte de Paris. Ces vers sont finis de ce soir seulement ; quant à mes visites, tu sais que là-dessus je veux être libre. — Je t'aime, tâche donc de te calmer, et d'être un peu comme tout le monde. A quoi sert de se faire souffrir quand la nécessité est là, et quand avec un peu de bon sens, on devrait se tenir tranquille ? Attends un peu ; je te l'ai dit et je te le répète, nous en verrons la fin. Mes vers paraîtront samedi. Je te les enverrai. Je t'embrasse, chère mauvaise tête.
Jeudi soir.