Lettre à Jules Janin
Samedi, 8 décembre 1838.
Monsieur,
Je vous ai cherché hier soir au Théâtre-Français et
à l’Opéra, espérant vous y rencontrer, au foyer, afin de vous dire en public ce que je pense de votre article de lundi dernier. Ne vous ayant pas trouvé, je suis obligé de vous écrire.
Il est reçu, je le sais, que, du moment qu’on écrit, on appartient à la critique ; je n’ignore pas non plus le ridicule qui s’attache à la vanité blessée. Mais si vous avez, comme journaliste, le droit de me juger, j’ai celui de vous dire, de vous à moi, ma façon de penser. J’avais écrit, dans la Revue des Deux Mondes, poliment et sincèrement mon opinion sur Mlle Rachel. Je ne vous désignais point. Vous m’avez fait une réponse qui n’a ni mesure ni convenance. Votre article est grossier. Littérairement, vous êtes un enfant à qui il faudrait mettre un bourrelet et, personnellement, vous êtes un drôle à qui on devrait interdire l’entrée du Théâtre-Français.
Voilà, monsieur, ce que je vous aurais dit hier, si je vous avais rencontré et ce que je vous répéterai la première fois que je vous verrai. Vengez-vous de cette lettre, si vous voulez, par quelques nouvelles injures, je m’y attends et je ne m’en soucie pas le moins du monde.