Lettre à François Buloz

  • [15 octobre 1841]
  • Destinataire : François Buloz
  • Source : Correspondance (1827-1857)

À François Buloz
[15 octobre 1841]

Mon cher Buloz,

Je trouve dans la Revue d’aujourd’hui à propos de MM Deschamps la phrase suivante: « chemin faisant — etc plus d’une individualité sortit du groupe (le cénacle) Mr Hugo, M de Vigny, M saincte beuve, et d’autres moins illustres. Quant à M de Lamartine, c’est un de ses privilèges de ne s’être jamais trop mêlé etc... Vous savez, je pense, que je n’ai pas grande vanité littéraire, et que du moins il ne m’est jamais arrivé de demander à qui que ce soit, en aucune circonstance, un mot favorable. Peut-etre avec un peu moins de dedain pour ces choses là ou avec un peu de politesse seulement, aurais-je pu etre moins oublié, sans pour cela jouer des cymbales comme d’autres. Mais si la revue, dont je suis l’un des collaborateurs depuis nombre d’années, ne daigne pas même, à l’occasion se souvenir de mon nom, et le citer, /[f. 38 v°] fût-ce en dernière ligne, (quand ce serait peut-être son interêt, mais du moins son devoir de le faire) il m’est impossible de ne pas ressentir ce qu’un pareil procédé a de desagréable et de gratuitement hostile pour moi. Plus je suis malade, oisif, et ennuyé, mieux je sens le coup-de-pied honteux de votre aliboron pelé. Qu’il en soit du reste selon votre sagesse; je n’y songerai certainement pas dans un quart d’heure, mais cela m’a choqué, et devait me choquer, je crois.

à vous

Alfd Mt

Dimanche soir

[Adresse :]
Monsieur,
Monsieur Buloz