Lettre à Paul de Musset

  • Jeudi, 1er décembre 1842
  • Destinataire : Paul de Musset
  • Source : Correspondance (1827-1857)

se dirigeant vers l’Italie.

Jeudi, 1er décembre 1842.

Je te remercie de tout mon cœur, mon cher ami, de la bonne lettre que tu m’écris, et je commence par répondre en conscience, comme tu le veux, à ta question. Ne pense pas, je t’en prie, à moi autrement que comme à un frère et à un ami, mais oublie complètement mes ennuis passagers qui ne sont plus rien. Je me porte très bien maintenant, et, comme je n’ai aucune cause de chagrin ni réelle ni matérielle, ma tristesse est partie avec la fièvre. Certes, nos conversations du soir m’étaient très chères, et je n’oublierai jamais, sois-en bien sûr, l’amitié que tu m’as montrée dans tous ces derniers temps de chagrin ; tu m’as été extrêmement utile, et en même temps extrêmement bon ; mais je te prie en grâce d’entreprendre ton voyage sans aucun regret, sans aucune arrière-pensée qui puisse te troubler un seul instant.

Ma mère est revenue, Mme Jaubert aussi. Tu vois que je ne suis plus seul. Mme de Lagrange m’a invité à revenir de la façon la plus aimable.

Le bon capitaine m’a chargé de te dire que l’affaire de la correspondance était arrangée. Les lettres pour toi seront mises sous enveloppe ici, et envoyées à Mme Aubernon, qui te les fera passer. Tu auras soin seulement de donner l’adresse ou plutôt les adresses des endroits où il faudra les envoyer.

Je ne m’étonne pas que tu te plaises auprès de notre excellent oncle. Dis-lui bien, je t’en prie, combien je l’aime, combien je serais heureux d’être près de lui, comme toi. Dis-lui qu’il est resté et restera dans mon souvenir comme l’homme dont le mérite et le caractère m’ont inspiré à la fois le plus de sympathie et de respect.

Adieu. Ecris-moi surtout. Tes lettres me feront grand bien. Je t’embrasse.