Lettre à Henri Cantel
23 novembre 1848.
Monsieur,
Par le plus singulier des hasards, il m’a été donné d’apprécier votre charmant talent pour la poésie ; le vent d’automne qui fait tomber les feuilles semble avoir apporté à mes pieds une de vos gracieuses bluettes, comme pour la sauver des glaces d’un éternel
oubli. Veuillez, mon jeune et charmant poète, dont je crois voir de mon cabinet le gracieux sourire et la chevelure dorée, veuillez, dis-je, accepter le dernier ouvrage
d’un athlète au bout de sa carrière
.
O vous du Pinde enfant gâté
Que les neuf sœurs ont allaité
Et promené par la lisière,
Qui, malgré leur sagesse austère,
Et leur vieille virginité,
Par elles vous êtes vu père
Avant l’âge de puberté ;
Attendant l’immortalité,
Buvez dans la source féconde
Du plaisir et de la gaieté :
L’esprit, ainsi que la beauté,
Pour orner et charmer le monde,
N’attend pas la majorité.
A. DE MUSSET.
P.-S. — Je me ferai un véritable plaisir de donner à M.C... tous les conseils que ma
longue expérience
m’a mis à même de pouvoir fournir.
Quai Voltaire, 21.