Lettre à Madame Alfred Tattet

S.d. (1854.)

Madame,

Je reçois votre très aimable lettre au retour de plusieurs endroits où je viens d’aller chasser, chose qui vous surprendra peut-être, mais qui n’en est pas moins véritable, j’en atteste le ciel et le dernier lièvre que j’ai manqué. Depuis que je n’ai eu l’honneur de vous voir, j’ai fait de vastes détours et circuits.

J’ai été à Nantes, où il y a un superbe tombeau du duc de Bretagne, à Tours, où les pruneaux fleurissent ;
au Croisic, où l’on prend des bains de mer à la glace et où j’ai acheté un chapeau, puis finalement tout le long de la Loire, où il ne manque exactement que de l’eau pour que ce soit le plus beau fleuve du monde, mais il s’y trouve en revanche de fort beaux bancs de sable et même des ornières, on va sur cette rivière en patache.

Maintenant que mon ardeur de m’instruire est satisfaite sur tous ces points de géographie, je vais faire comme vous, retourner à Paris, et je ne manquerai assurément pas d’aller vous y voir, si je suis assez heureux pour y être à temps.

Je suis loin d’avoir oublié le sonnet de Fontainebleau, et je vous remercie de vous en souvenir ; quant aux vers du livre de Clisson, on m’en a parlé plusieurs fois, et je les tiens pour admirables, mais je n’ai pas l’honneur d’en être le père ; il paraît qu’en mettant mon nom au bas, on a voulu du moins m’en faire le parrain. Je n’ai jamais été par là et quand cet enfant-là m’est né, j’étais probablement bien loin. Ma muse aura accouché pendant mon absence, c’est pour le moins un cas rédhibitoire. J’ai déjà assez mis au monde de mauvais garnements pour ne pas vouloir d’intrus dans la famille.

Dites à Alfred, je vous prie, que je lui serre la main et l’embrasse de tout mon cœur, et que j’espère que nous nous verrons bientôt. Je pars demain.

Veuillez agréer, madame, mes remerciements de votre bon souvenir, et l’assurance toujours bien sincère de ma respectueuse amitié.