Lettre de Paul de Musset à François Buloz

  • [dimanche 12 juillet 1857]
  • Destinataire : François Buloz
  • Source : Correspondance (1827-1857)

De Paul de Musset à François Buloz
[dimanche 12 juillet 1857]

Mon cher Buloz,

Quand je suis arrivé à Angers hier soir, ma mère n’a pas manqué de me demander lecture de ma lettre à Lamartine. Elle en a été satisfaite, à l’exception d’un mot qui l’a blessée, et que je vous prie de faire corriger immédiatement, car ma pauvre mère est dans un état nerveux où la moindre chose l’exaspère.

Il s’agit du mot: Il a vecu pauvre, il est mort pauvre. – Ma mère ne veut point de cela et soutient d’ailleurs que ce n’est pas exact. Faites-moi donc la plaisir de mettre: Il a vécu sans ambition; il est mort sans fortune. – Vous trouverez cette phrase au milieu de la lettre, avant / [f. 1 v°] le mot Enrichis-toi, qui étant en italiques se voit de loin. Je vous recommande instamment cette correction, quelque peu d’importance qu’elle vous semble avoir. Ce rien suffirait pour mettre ma mère au desespoir.

On pense ici que j’ai eu raison d’écrire à Lamartine, mais on dit aussi que cette lettre n’est pas faute à faire. J’espère que les angevins la trouveront convenable. Je crains un peu, je vous l’avoue, qu’elle ne soit noyée dans son petit texte à la fin de votre chronique, et qu’on n’ait bien de la peine à l’y découvrir. Est-ce que vous ne pourriez pas l’annoncer dans le sommaire?

Si vous saviez, mon cher ami, quelle scène déchirante il y a eu ici à mon arrivée! j’en suis encore bouleversé ce matin.

Tout à vous

Paul de Musset

Dimanche 12 juillet 8 heures.