Lettre de Paul de Musset à François Buloz
De Paul de Musset à François Buloz
[dimanche 12 juillet 1857]
Mon cher Buloz,
Quand je suis arrivé à Angers hier soir, ma mère n’a pas manqué de me demander lecture de ma lettre à Lamartine. Elle en a été satisfaite, à l’exception d’un mot qui l’a blessée, et que je vous prie de faire corriger immédiatement, car ma pauvre mère est dans un état nerveux où la moindre chose l’exaspère.
Il s’agit du mot: Il a vecu pauvre, il est mort pauvre. – Ma mère ne veut point de cela et soutient d’ailleurs que ce n’est pas exact. Faites-moi donc la plaisir de mettre: Il a vécu sans ambition; il est mort sans fortune. – Vous trouverez cette phrase au milieu de la lettre, avant / [f. 1 v°] le mot Enrichis-toi, qui étant en italiques se voit de loin. Je vous recommande instamment cette correction, quelque peu d’importance qu’elle vous semble avoir. Ce rien suffirait pour mettre ma mère au desespoir.
On pense ici que j’ai eu raison d’écrire à Lamartine, mais on dit aussi que cette lettre n’est pas faute à faire. J’espère que les angevins la trouveront convenable. Je crains un peu, je vous l’avoue, qu’elle ne soit noyée dans son petit texte à la fin de votre chronique, et qu’on n’ait bien de la peine à l’y découvrir. Est-ce que vous ne pourriez pas l’annoncer dans le sommaire?
Si vous saviez, mon cher ami, quelle scène déchirante il y a eu ici à mon arrivée! j’en suis encore bouleversé ce matin.
Tout à vous
Paul de Musset
Dimanche 12 juillet 8 heures.
Notes
- [1] Paris, Bibliothèque de l’Institut, fonds Lovenjoul, H 1411, Lettres adressées à François Buloz, t. 11 (Mon-N), non folioté. Une feuille de 26,6 x 20,6 cm pliée en deux, bordée de noir. Lettre autographe signée. Elle est écrite au recto et verso du premier feuillet. Pas d’adresse ni d’enveloppe. En haut du premier feuillet une notation au crayon d’une main inconnue: « P. de Musset juillet 1857 ».
- [2] Paul de Musset allait publier dans la RDM une lettre à Lamartine pour répondre à l’image que celui-ci avait proposé de son frère dans son Cours familier de littérature, XVIIIe entretien: « Littérature légère, Alfred de Musset », [juin 1857], vol. III, Paris, [Didot], 1857. *[3] Ici une rature: est. *[4] Ici une rature: juste. *[5] Cette phrase est écrite dans l’interligne supérieure. *[6] Ici une rature: au milieu.
- [7] Buloz accepta: la livraison du 15 juillet 1857 de la RDM annonce en effet après la « Chronique de la quinzaine »: « Lettre à M. de Lamartine sur son XVIIIe entretien littéraire, par M. Paul de Musset, p. 479 ». *[8] Ici une rature: désolée.