Poésies
À mon ami Alfred T.
Poème · première publication : mai 1832
Présentation
Manuscrit autographe conservé dans la collection Réhahn. Poème adressé à Alfred Tattet ; manuscrit daté de mai 1832.
Collection ou cycle
Œuvres posthumes · Après 1857
Textes publiés après la mort de Musset.
Relations
Adressée à Alfred Tattet — Le poème est explicitement adressé à Alfred Tattet.
Texte intégral
À MON AMI ALFRED T. Dans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille, Tu m’es resté fidèle où tant d’autres m’ont fui. Le bonheur m’a prêté plus d’un lien fragile ; Mais c’est l’adversité qui m’a fait un ami. C’est ainsi que les fleurs sur les coteaux fertiles Étalent au soleil leur vulgaire trésor ; Mais c’est au sein des nuits, sous des rochers stériles, Que fouille le mineur qui cherche un rayon d’or.
C’est ainsi que les mers calmes et sans orages Peuvent d’un flot d’azur bercer le voyageur ; Mais c’est le vent du nord, c’est le vent des naufrages Qui jette sur la rive une perle au pêcheur. Maintenant Dieu me garde ! Où vais-je ? Eh ! que m’importe ? Quels que soient mes destins, je dis comme Byron : « L’Océan peut gronder, il faudra qu’il me porte. » Si mon coursier s’abat, j’y mettrai l’éperon. Mais du moins j’aurai pu, frère, quoi qu’il m’arrive, De mon cachet de deuil sceller notre amitié, Et, que demain je meure ou que demain je vive, Pendant que mon cœur bat, t’en donner la moitié.