Poésies
À Ulric Guttinguer, poème posthume
Poème
Présentation
Texte distinct du poème À Ulric Guttinguer publié dans les Premières Poésies. Date de composition non établie avec certitude dans les sources consultées.
Collection ou cycle
Œuvres posthumes · Après 1857
Textes publiés après la mort de Musset.
Texte intégral
À ULRIC GUTTINGUER
Oui, cher Ulric, nous le voyions
Ce ciel dont l’aspect vous amuse,
Et même nous le respirions,
Si ce mot plaît à votre muse.
Nous le voyions assurément :
Entre nous, j’en conviendrai même,
Nous avions le bonheur suprême
De le voir double en ce moment.
Pour un chrétien, quel agrément !
Jugez combien l’ivresse est sainte,
Puisque avec deux verres d’absinthe
On peut doubler le firmament.
Ne riez pas, l’absinthe est bonne,
L’Écriture en parle beaucoup,
Et quelque part, Dieu me pardonne !
Notre Seigneur en but un coup.
C’était, je crois, sur la montagne Qu’on appelle Gethsémani ; Nous la vénérons fort ici, Mais nous préférons le champagne. Puisque vous venez nous vanter Ce pendu qu’on adore à Rome, Commencez donc par l’imiter : Souvenez-vous qu’il s’est fait homme. Oui, cher Ulric, et nous courons Au soleil sur l’herbe fleurie, Par les coteaux et les vallons, Et nous menons gaiement la vie. Et nous rions, et nous trinquons Au fond des bois sur la bruyère ; Souvent même, ingrat, nous choquons, À votre santé, notre verre. Près de nous, quand il vous plaira, Vous vous étendrez sur la mousse. Nous croyons que la vie est douce Et que Dieu nous excusera. C’est un grand tort que la jeunesse, Nous le savons. Que voulez-vous ? Puisque chaque âge a sa faiblesse, Dites quelques ave pour nous.
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Sources
- Armand Gouffé et al., Les Poètes de la Ripaille, Paris, 1882 ; texte attribué à Alfred de Musset.