Poésies
Le Rhin allemand, réponse à Becker
Poème · première publication : 1841
Collection ou cycle
Poésies nouvelles · 1836 à 1852
Recueil des poèmes de la maturité.
Texte intégral
LE RHIN ALLEMAND RÉPONSE À LA CHANSON DE BECKER Nous l’avons eu, votre Rhin allemand : Il a tenu dans notre verre. Un couplet, qu’on s’en va chantant, Efface-t-il la trace altière Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang ? Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. Son sein porte une plaie ouverte, Du jour où Condé triomphant A déchiré sa robe verte. Où le père a passé, passera bien l’enfant. Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. Que faisaient vos vertus germaines, Quand notre César tout-puissant De son ombre couvrait vos plaines ? Où donc est-il tombé, ce dernier ossement ? Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. Si vous oubliez votre histoire, Vos jeunes filles, sûrement, Ont mieux gardé notre mémoire ; Elles nous ont versé votre petit vin blanc. S’il est à vous, votre Rhin allemand, Lavez-y donc votre livrée ; Mais parlez-en moins fièrement. Combien, au jour de la curée, Étiez-vous de corbeaux contre l’aigle expirant ? Qu’il coule en paix, votre Rhin allemand ; Que vos cathédrales gothiques S’y reflètent modestement, Mais craignez que vos airs bachiques Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.
1841.
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Sources
- Alfred de Musset, Œuvres complètes, Paris, Charpentier, 1866.